Caïn est
le premier homme.
Il est le premier homme né d’une femme.
Il est le premier à être un « ish »
« Ish », c’est un des mots hébreux qui veut dire homme,
celui qui est le plus utilisé dans les textes bibliques
Caïn,est appelé « ich » dès sa naissance :
J’ai acquis un homme auprès de YHVH.
Mais ce statut de premier homme
ne fait pas du tout de Caïn un homme primitif, un barbare.
Bien au contraire,
Caïn est beaucoup plus proche de nous.
Il est cultivateur nous dit le texte,
de plus il est fondateur de la première ville
et le père des premiers artisans.
Bref Caïn est le premier homme moderne,
et c’est bien en lui que nous pouvons
nous reconnaître.
Nous reconnaître en Caïn
c’est lire en son histoire un verdict et une promesse
pour ce que nous sommes
. Nous reconnaître en Caïn c’est d’abord
voir ce que l’humanité est aujourd’hui.
Il est manifeste que c’est la jalousie qui pousse
Caïn à tuer Abel :
Caïn ne comprend pourquoi son offrande n’a pas été
agrée par Dieu
(encore aujourd’hui, nos interprétations
sont nombreuses sur cette préférence de Dieu, )
il est devant une situation qui lui échappe.
Et comme nous le faisons, quand la situation
nous échappe
il recourt à la violence, il impose sa force.
Cela peut-être la violence physique,
cela peut être la violence des mots,
cela peut être la violence du silence :
c’est le moment où nous brisons la relation,
où nous tuons l’autre,
où nous le mettons à terre par nos poings
ou par nos paroles,
c’est le moment où nous faisons comme
s’il n’existait pas.
C’est bien de notre violence
que Caïn est violent.
A la jalousie, à la violence,
nous pouvons ajouter l’irresponsabilité.
C’est à dire le refus de répondre de ses actes :
la peine sera trop lourde pour moi se plaint Caïn,
je suis incapable de porter les conséquences
de mon acte…
Mais, que cette jalousie,
cette violence et cette irresponsabilité ne nous fassent
pas oublier que Caïn est d’abord
le premier homme religieux.
Il est le premier à offrir un sacrifice à Dieu,
le premier à donner le fruit de son travail à Dieu
. Il est le premier à vouloir s’attirer les faveurs de Dieu
en lui offrant quelque chose.
Et cela échoue
. Et cet échec scandalise
Caïn, tout comme il nous scandalise.
Soit nous nous identifions à Caïn
et nous taxons Dieu d’injustice.
Soit nous voyons Caïn comme un autre
(ce qui est toujours plus confortable)
et nous supposons tout un tas de raisons
pour expliquer ce refus de Dieu :
Caïn offrait des fruits pourris,
Caïn n’avait pas assez de foi,
le cœur de Caïn était mauvais…
Mais en fait les deux attitudes
relèvent de la même idée :
nous voulons que Dieu nous rende raison
de ses choix,
nous prétendons juger de la justice ou
de l’injustice de Dieu.
dans ce texte, le rejet de l’offrande
de Caïn ne signifie pas le rejet de Caïn lui-même.
Caïn n’est pas identifié à ce qu’il fait.
Nous ne sommes pas ce que nous faisons
. Et c’est là que réside
toute espérance.
Caïn se met
à croire qu’il est ce qu’il fait,
et Caïn tue son frère, et Caïn fuit loin de Dieu,
au pays de Nod, c'est-à-dire dans le néant.
Et tout semble à nouveau perdu.
Sauf que Caïn est marqué. Dieu lui a apposé son sceau.
Et ce n’est pas la marque des réprouvés,
des criminels, des maudits,
ce n’est pas la lettre écarlate, c’est un sceau
de protection.
Alors même que l’homme se dresse contre lui,
alors même que l’homme se tue son frère,
alors même que l’homme fuit loin de sa présence
, Dieu s’engage de toute sa puissance
c’est l’espérance que ce texte nous ouvre
: alors même que nous sommes meurtriers de nos frères,
et nous le sommes !
Alors même que nous sommes rebelles contre Dieu,
et nous le sommes !
Dieu s’engage pleinement pour nous.
Il nous promet une vie nouvelle,
une vie restaurée, une vie libérée de la violence,
de la jalousie et du refus
. Et cette espérance se concrétise en Jésus Christ,
Dieu qui vient dans
le monde pour
chercher et sauver ceux
qui sont perdus
°°°
/image%2F0554638%2F201304%2Fob_3bfaef39b11098f302fba08b1971c8ac_37030251.png)
commentaires