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2008-12-12T07:56:00+01:00

parabole (2 )

Publié par sulamite -


Jésus

n'a donc pas

l'exclusivité des paraboles.

Mais, si l'on en croit les évangiles,

il semble qu'il ait abondamment utilisé ce type de discours.

Jésus s'inspire alors parfois de thèmes paraboliques

classiques en les infléchissant,

d'autres fois il crée de nouvelles paraboles.
Dans le sens, très large

,de “petit récit fictif à vocation pédagogique”,

on peut repérer dans les évangiles

plus de quarante paraboles attribuées à Jésus.

Mais, de nouveau, dans les évangiles,

comme ailleurs, la parabole est rarement réduite

au simple rôle d'illustration d'un enseignement.

De fait, elle a souvent pour fonction

de transformer le regard de ses auditeurs

sur le sujet qu'elle aborde.


Ce rôle de révélateur attribué aux paraboles

est particulièrement net dans l'évangile de Marc,

le plus court des évangiles,

qui regroupe l'essentiel des paraboles qu'il cite

dans son chapitre 4.

C'est d'ailleurs vraisemblablement Marc

qui introduit dans la tradition évangélique

le terme de parabolê.

Et il est frappant que pour lui

ce terme semble revêtir un sens très précis, ...

un sens paradoxal.

Les paraboles de l'évangile de Marc


Ce chapitre 4

de l'évangile de Marc contient trois paraboles

concernant les semailles :
La parabole “
du semeur

(versets 1 à 9)

et son explication allégorique

(versets 14 à 20);


La parabole de “
La semence qui pousse toute seule

(versets 26 à 29)
et la parabole de “
La graine de moutarde

(versets 30 à 32)

Intéressons-nous au contexte

dans lequel l'évangéliste place ses paraboles.

Elles se trouvent en effet

dans un contexte tout à fait particulier :
Ce chapitre est surprenant :

alors qu'à plusieurs reprises Jésus invite à l'écoute,

dans le cadre d'un enseignement aux foules

(versets 2, 3 et 9),

plusieurs passages (versets 10-12 et 33-34)

semblent comprendre les paraboles comme

un langage énigmatique

(v.11),

un langage destiné à empêcher la conversion

et même le pardon

(!) (v.12),

un enseignement dont l'explication n'est accordée

qu'aux seuls disciples, en privé

(versets 10 et 34).

Ce qui choque donc

à première lecture dans ce chapitre

c'est qu'il semble qu'au moyen des paraboles

Jésus veuille exclure ceux qui ne font pas partie du groupe

de ses douze disciples.

Ceux qui ne font pas partie du groupe

n'ont pas accès à l'explication d'un discours

que l'on croyait pourtant

destiné à tous.

Et pourtant, l'explication

de la parabole du semeur (versets 14 à 20)

invite à l'écoute et à l'accueil de la parole

. Et puis la parole

à propos de la lampe qui doit briller

(versets 21 à 25)

insiste sur le fait que l'objectif de Jésus

est bien un dévoilement et non un langage

de dissimulation

(v 21 à 22)



. Qu'en est-il donc ?
En matière de parabole,

s'agit-il de voiler ou

de dévoiler ?

La réponse à cette question est paradoxale :


Voiler ou dévoiler ?

Pour l'évangéliste Marc : les deux à la fois !


Astucieusement,

alors que Marc précise que l'explication des paraboles

est réservée aux disciples,

l'évangéliste nous fait remarquer à la fin du chapitre 4,

comme dans de nombreux autres passages

(4,41 ; 6,52 ; 8,18.21 ; ...),

que les disciples n'ont rien compris !


Pire, dès que survient une épreuve,

dans la tempête par exemple (4,35-41),

ils oublient les appels à la confiance qui viennent

de leur être faits.

C'est que, pour Marc,

on peut être “l'un des douze”(14,10.43),

voire même être de la famille de Jésus (3,31),

et être “au-dehors”,

c'est-à-dire ne rien comprendre,

ou pire, rejeter et trahir Jésus lui-même.

Pour ceux du dehors, tout arrive

en parabole”.

A l'inverse, chez Marc

, des personnes sorties de la foule

peuvent montrer une compréhension profonde de Jésus

(voir par exemple 3,33-35 ; 5,25-35 ; 10,46-52 ; ...).


Chez Marc les choses

ne sont donc pas figées

. C'est l'attitude face à la parole de Jésus

qui va définit si l'auditeur est "au-dedans"

ou "au-dehors"

du cercle des disciples

. C'est la façon de recevoir la parabole qui va situer l'auditeur.
Tout se joue dans la façon

dont l'homme entend (4,23-25),

et pour “ceux du dehors” tout devient énigmatique (4,11),

alors la parabole voile au lieu de dévoiler

Ainsi, la parabole fonctionne

pour Marc comme un révélateur qui manifeste ce qui est en

chacun de ses auditeurs

(voir Marc 12,12).

C'est finalement la capacité d'écoute

qui peut transformer quelqu'un de la foule en un disciple

à qui l'accès au règne de Dieu

est donné.
«Qui a des oreilles pour entendre,

qu'il entende !»


Tel est lu qui croyait lire ... !

La capacité d'écoute,

c'est-à-dire peut-être la capacité à se laisser soi-même

lire par la parabole :
J'écoute, je lis une parabole,

mais en fait, c'est la parabole qui me lit.


——Comme la parabole de la brebis du pauvre,

raconté au roi David,
comme la parabole

des ouvriers de la onzième heure,
dans l'évangile de Matthieu,
des paraboles qui lisent,
des paraboles

qui décryptent leurs auditeurs.

Ainsi lues, les paraboles

peuvent être un véritable langage de changement,

un langage qui porte en lui-même la capacité

de transformer le regard sur le monde.
Un langage qui permet à son auditeur (lecteur)

un nouveau regard,

un regard excentré sur lui-même.
A condition bien sûr, qu'il accepte de se laisser lire

par l'histoire qu'il lit.


En ce sens, la Bible tout entière peut être lue

comme une parabole.


°°




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