Jésus
n'a donc pas
l'exclusivité des paraboles.
Mais, si l'on en croit les évangiles,
il semble qu'il ait abondamment utilisé ce type de discours.
Jésus s'inspire alors parfois de thèmes paraboliques
classiques en les infléchissant,
d'autres fois il crée de nouvelles paraboles.
Dans le
sens, très large
,de “petit récit fictif à vocation pédagogique”,
on peut repérer dans les évangiles
plus de quarante paraboles attribuées à Jésus.
Mais, de nouveau, dans les évangiles,
comme ailleurs, la parabole est rarement réduite
au simple rôle d'illustration d'un enseignement.
De fait, elle a souvent pour fonction
de transformer le regard de ses auditeurs
sur le sujet qu'elle aborde.
Ce rôle de révélateur attribué aux paraboles
est particulièrement net dans l'évangile de Marc,
le plus court des évangiles,
qui regroupe l'essentiel des paraboles qu'il cite
dans son chapitre 4.
C'est d'ailleurs vraisemblablement Marc
qui introduit dans la tradition évangélique
le terme de parabolê.
Et il est frappant que pour lui
ce terme semble revêtir un sens très précis, ...
un sens paradoxal.
Les paraboles de l'évangile de Marc
Ce chapitre 4
de l'évangile de Marc contient trois paraboles
concernant les semailles :
La parabole “du semeur”
(versets 1 à 9)
et son explication allégorique
(versets 14 à 20);
La parabole de “La semence qui pousse toute
seule
(versets 26 à 29)
et la parabole de “La graine de
moutarde”
(versets 30 à 32)
Intéressons-nous au contexte
dans lequel l'évangéliste place ses paraboles.
Elles se trouvent en effet
dans un contexte tout à fait particulier :
Ce chapitre est surprenant :
alors qu'à plusieurs reprises Jésus invite à l'écoute,
dans le cadre d'un enseignement aux foules
(versets 2, 3 et 9),
plusieurs passages (versets 10-12 et 33-34)
semblent comprendre les paraboles comme
un langage énigmatique
(v.11),
un langage destiné à empêcher la conversion
et même le pardon
(!) (v.12),
un enseignement dont l'explication n'est accordée
qu'aux seuls disciples, en privé
(versets 10 et 34).
Ce qui
choque donc
à première lecture dans ce chapitre
c'est qu'il semble qu'au moyen des paraboles
Jésus veuille exclure ceux qui ne font pas partie du groupe
de ses douze disciples.
Ceux qui ne font pas partie du groupe
n'ont pas accès à l'explication d'un discours
que l'on croyait pourtant
destiné à tous.
Et pourtant, l'explication
de la parabole du semeur (versets 14 à 20)
invite à l'écoute et à l'accueil de la parole
. Et puis la parole
à propos de la lampe qui doit briller
(versets 21 à 25)
insiste sur le fait que l'objectif de Jésus
est bien un dévoilement et non un langage
de dissimulation
(v 21 à 22)
. Qu'en est-il donc ?
En matière de parabole,
s'agit-il de voiler ou
de dévoiler ?
La réponse à cette question est paradoxale :
Voiler ou dévoiler ?
Pour l'évangéliste Marc : les deux à la fois !
Astucieusement,
alors que Marc précise que l'explication des paraboles
est réservée aux disciples,
l'évangéliste nous fait remarquer à la fin du chapitre 4,
comme dans de nombreux autres passages
(4,41 ; 6,52 ; 8,18.21 ; ...),
que les disciples n'ont rien compris !
Pire, dès que survient une épreuve,
dans la tempête par exemple (4,35-41),
ils oublient les appels à la confiance qui viennent
de leur être faits.
C'est que, pour Marc,
on peut être “l'un des douze”(14,10.43),
voire même être de la famille de Jésus (3,31),
et être “au-dehors”,
c'est-à-dire ne rien comprendre,
ou pire, rejeter et trahir Jésus lui-même.
“Pour ceux du dehors, tout arrive
en parabole”.
A l'inverse, chez Marc
, des personnes sorties de la foule
peuvent montrer une compréhension profonde de Jésus
(voir par exemple 3,33-35 ; 5,25-35 ; 10,46-52 ; ...).
Chez Marc les choses
ne sont donc pas figées
. C'est l'attitude face à la parole de Jésus
qui va définit si l'auditeur est "au-dedans"
ou "au-dehors"
du cercle des disciples
. C'est la façon de recevoir la parabole qui va situer l'auditeur.
Tout se joue dans la façon
dont l'homme entend (4,23-25),
et pour “ceux du dehors” tout devient énigmatique (4,11),
alors la parabole voile au lieu de dévoiler
Ainsi, la parabole fonctionne
pour Marc comme un révélateur qui manifeste ce qui est en
chacun de ses auditeurs
(voir Marc 12,12).
C'est finalement la capacité d'écoute
qui peut transformer quelqu'un de la foule en un disciple
à qui l'accès au règne de Dieu
est donné.
«Qui a des oreilles pour entendre,
qu'il entende !»
Tel est lu qui croyait lire ... !
La capacité d'écoute,
c'est-à-dire peut-être la capacité à se laisser soi-même
lire par la parabole :
J'écoute, je lis une parabole,
mais en fait, c'est la parabole qui me lit.
——Comme la parabole de la brebis du
pauvre,
raconté au roi David,
comme la parabole
des ouvriers de la onzième heure,
dans l'évangile de Matthieu,
des paraboles qui lisent, des paraboles
qui décryptent leurs auditeurs.
Ainsi lues, les paraboles
peuvent être un véritable langage de changement,
un langage qui porte en lui-même la capacité
de transformer le regard sur le monde.
Un langage qui permet à son auditeur (lecteur)
un nouveau regard,
un regard excentré sur lui-même.
A condition bien sûr, qu'il accepte de se laisser lire
par l'histoire qu'il lit.
En ce sens, la Bible tout entière peut être lue
comme une parabole.
°°
/image%2F0554638%2F201304%2Fob_3bfaef39b11098f302fba08b1971c8ac_37030251.png)
commentaires