Parabole,
le mot parabole,
——fait naturellement penser à l'enseignement de Jésus.
——Et il évoque communément un mode
de communication
——qui vise à la simplicité.
Un détour par le dictionnaire
confirme d'ailleurs cette impression :
Le dictionnaire définit en effet la parabole comme
une comparaison imagée illustrant
un enseignement.
L'étymologie nous confirme encore
dans cette première impression de simplicité,
puisque le mot grec pour parabole (parabolê)
a aussi donné par contraction notre mot “parole”,
et même le mot “palabre”.
-Enfin, les évangiles contiennent de
nombreuses paraboles
dans lesquels Jésus s'adresse aux foules
en employant des images de
la vie quotidienne
Voilà donc un terme à priori sans ambiguïté,
synonyme d'explication,
d'illustration enracinée dans la vie
de tous les jours.
Il vaut pourtant la peine de se demander :
“Qu'est-ce qu'une parabole ?”
Pourquoi cette question ?
——C'est que, ce que nous venons de dire à propos
du mot parabolê est partiellement exact,
mais seulement partiellement
. Cela ne recouvre pas, tant s'en faut,
la richesse et la diversité du
discours parabolique.
Un langage imagé ? Pas seulement !
On retrouve ce genre de discours
dans la plupart des traditions religieuses.
En effet, comment dire l'indicible sinon
par comparaison ?
La langue de l'Ancien Testament
a naturellement recours à l'image,
et la Bible hébraïque utilise abondamment
un langage imagé.
Ce discours figuratif
y est désigné par le mot hébreu
mashal qui peut qualifier une image,
une comparaison, un proverbe, une fable,
une parabole, une devinette, une énigme,
une allégorie....
Il s'agit donc de tout discours imagé,
souvent exprimé dans un
style poétique.
On trouve ainsi dans l'Ancien testament
des récits imagés,
comme la fable des arbres qui décident
de se choisir un roi
Juges, 9
ou encore le récit exemplaire de la brebis du pauvre,
que le prophète Natan raconte à David
2 Samuel 12
——Pour comprendre, retraçons rapidement
son contexte :
Le roi David a couché
avec la femme d'un de ses généraux qui était alors
à la guerre ;
celle-ci est maintenant enceinte ;
le roi David tente alors de dissimuler l'affaire ;
mais n'y parvenant pas, il se débrouille
pour faire tuer au front l'époux trompé.
C'est à ce moment que nous prenons
le récit en route :
“... Alors Dieu envoie le prophète Natan vers le roi David.
Natan entre chez le roi et lui raconte cette histoire :
Dans une ville, il y avait deux hommes. L'un était riche, l'autre était pauvre.
Le riche avait beaucoup de moutons et beaucoup de bœufs.
Le pauvre n'avait rien du tout, sauf une petite brebis qu'il avait achetée
. Il lui donnait à manger, et la brebis grandissait avec ses enfants.
Elle mangeait la même nourriture que lui et elle buvait le même lait.
La brebis dormait à côté de lui.
Elle était comme sa fille.
Un jour, un visiteur arrive chez l'homme riche
. Mais l'homme riche ne veut pas prendre un mouton ni un bœuf de son troupeau
pour préparer le repas. Alors il prend la petite brebis du pauvre
et la fait cuire pour offrir un repas
à son visiteur. »
Ayant entendu cela, le roi David se met dans une violente colère
contre cet homme riche et il dit au prophète Natan :
——« Aussi vrai que le SEIGNEUR est vivant,
l'homme qui a fait cela mérite la mort !
Il a agi sans aucune pitié ! Il doit remplacer la brebis volée par
quatre autres brebis !»
Le prophète Natan dit alors à David :
« L'homme qui a fait cela, c'est toi ! ...»”
On le voit bien, le mashal,
la parabole racontée par le prophète Natan
est bien plus qu'un simple enseignement imagé
. Il s'agit d'un discours
qui vise une prise de conscience,
un changement de regard, une véritable transformation
de la part de l'auditeur.
Jésus s'inscrit dans cette
tradition,
une tradition que l'enseignement
des maîtres juifs prolongera longtemps encore.
Ce procédé d'enseignement
est en effet tenu en haute estime par le judaïsme rabbinique,
On trouve ainsi de nombreuses paraboles
rabbiniques qui se présentent comme l'explication
d'un passage de la Loi.
Une explication,
certes, mais comme tout langage figuratif,
le mashal ou la parabole
ne font pas qu'expliquer en illustrant :
Ils invitent aussi à la recherche du sens
. En effet, parlant de façon figurée,
ils mettent une distance entre le discours et son objet.
Ils le tiennent d'une certaine façon à l'écart,
empêchant l'illusion d'une compréhension
immédiate.
C'est d'ailleurs là
le sens étymologique du mot parabolê :
En effet, le verbe grec para - balô qui signifie
“jeter à coté de...”.
Et c'est bien de cela qu'il s'agit dans une parabole :
au lieu d'aborder une question dans un langage direct,
elle pose “à coté”
de la situation dont il est question
une réalité d'un autre ordre.
Une réalité d'un autre ordre, mais en rapport analogique
avec cette le problème abordé.
La parabole permet ainsi à son auditeur, ou à son lecteur,
d'avoir un regard excentré sur cette question,
et finalement sur
lui-même.
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