Un temps de guerre et d’occupation,
un assassinat…
le récit d’Ehoud fait bien partie de ceux
qu’on préfèrerait ne pas voir dans la Bible,
un de ceux qui nous font voir l’Ancien Testament
comme un livre barbare et violent à ne pas mettre
dans toutes les mains.
Et pourtant, ces textes là, il est indispensable
de les lire :
pour bien se rendre compte que les récits bibliques
restent profondément ancrés dans la réalité humaine.
Ils ne nous parlent pas d’une humanité
fantasmée, angélique.
Que dire de cette histoire d’Ehoud ?
Il est évident que l’auteur
ne s’est pas contenté ici de raconter l’histoire d’un héros rusé,
bien au-delà du récit de la défaite d’Eglôn et des moabites,
c’est un enseignement sur Dieu qu’il a voulu poser.
Ehoud avait « la main droite liée »
nous dit le texte hébraïque, simple façon de définir
un gaucher ou bien description d’un handicap physique plus important.
Je pencherai pour la deuxième.
Ehoud est celui qui ne peut pas se servir de sa main droite,
de sa main forte.
Ehoud est le faible, issu de la plus petite tribu d’un Israël
sous la domination moabite.
Il ne fait décidément pas le poids face au colossal Eglôn…
Et pourtant, il est le sauveur
que Dieu suscite à son peuple.
Or particulièrement, dans le livre des Juges,
si Dieu suscite à son peuple des sauveurs aussi faibles,
c’est bien pour qu’Israël ne croie pas
que c’est de ses propres forces que lui vient son salut
mais bien de Dieu seul.
C’est d’ailleurs la parole même de Dieu à un autre juge : Gédéon :
« Ta troupe est trop nombreuse
pour que je lui livre Madiân ; Israël pourrait s’en vanter
à mes dépens et dire :
« C’est ma propre force qui m’a sauvé »
Juges VII, 2
Cet enseignement, la Réforme le mettra au cœur de sa prédication :
l’homme ne peut en rien compter sur ces propres forces,
Calvin en a fait sa devise :
Soli Deo gloria. A Dieu seul la gloire.
Mais dans ce récit, la gloire de Dieu semble bien invisible :
la victoire se fait dans une chambre à part,
au nom d’une parole secrète de Dieu,
par un poignard qui disparaît dans les graisses de la victime.
La victoire est totale, indiscutable, mais finalement,
de l’œuvre de Dieu à travers Ehoud il n’y a aucune trace.
Selon un regard humain,
il est impossible de discerner ici l’œuvre de Dieu.
Pour célébrer la gloire de Dieu à travers la victoire d’Ehoud,
il ne peut y avoir que la foi…
quand Eglôn semble régner sur nous,
ou en nous, ne perdez pas espoir et criez vers Dieu
pour qu’il suscite un sauveur.
Quand Ehoud triomphe d’Eglôn,
voyez sa main paralysée, voyez sa faiblesse
et rendez grâce à Dieu qui est seul
notre libérateur.
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