Paul ,
s'adressant
aux chrétiens de Colosses, déclare:
« Soyez enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi...
et abondez en actions de grâces.»
Col 2.7
Paul reprend, comme un leitmotiv
dans chacun des quatre chapitres qui la compose,
cette exhortation à l'action de grâces:
« Nous rendons grâce à Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ...
pour votre foi et l'amour que vous avez pour tous les saints.»
1.3
«Rendez grâces avec joie au Père qui vous a rendus capables
d'avoir part à l'héritage
1.12
«...abondez en action de grâces»
2.7
«Soyez reconnaissants... faites tout au nom du Seigneur Jésus,
en rendant grâces par lui à Dieu le Père»
3.15-17
«Persévérez dans la prière, veillez-y avec action de grâces
4.2
L'action de grâces (la reconnaissance)
est une des dominantes de cette lettre adressée aux chrétiens de Colosses.
Le mot que l'on traduit par «abondez» est un verbe qui signifie:
surpasser, amplifier, exceller.
Cela m'amène à faire une première remarque à propos de la nature du chrétien:
dans le Nouveau Testament, cette nature profonde
suppose une attitude ample et généreuse.
La vie du chrétien n'est jamais présentée comme une vie étroite et étriquée.
Tout ce qui est mesquin est en contradiction avec la nature d'un enfant de Dieu. L'enseignement du Christ,
comme celui des apôtres, invite à une vie pleine
dans laquelle nous avons à nous engager sans réserve.
Pas de demi-mesure mais, en toutes choses,
un engagement de tout notre être, de toute notre volonté
et de tous nos sentiments.
L'Evangile nous présente:
Marie de Béthanie qui verse sur les pieds de Jésus
la totalité de son parfum de nard pur, un parfum de grand prix
Jn 12.2-5
la maison est remplie de l'odeur du parfum!
Après la pêche miraculeuse, les disciples «laissent tout pour suivre Jésus»
Lc 5.11
Il importe que l'Eglise connaisse cette spontanéité dans ses gestes,
cette générosité dans ses sentiments,
cette abondance de vie dans son être profond.
L'Eglise doit s'ouvrir aux autres au lieu de se recroqueviller
sur elle-même.
Action de grâces.
Le mot grec que l'on traduit par «action de grâces» est eucharistia,
qui a le sens de remerciement, reconnaissance, gratitude.
Il désignait l'action de grâces juive qui était prononcée avant chaque repas,
celle que Jésus a prononcée lors du dernier repas avec ses disciples,
avant son arrestation.
Il est intéressant de constater que, très rapidement,
ce mot désignera le repas des chrétiens (la Cène)
et deviendra l'action de grâces
par excellence.
«Combien de choses dois-tu nécessairement savoir
pour vivre et mourir dans cette heureuse assurance?
Trois.
D’abord, combien sont grands mon péché et ma misère.
Ensuite, comment j’en suis délivré.
Enfin, quelle reconnaissance je dois à Dieu
pour cette délivrance.»
Ainsi, ce n'est que si je suis conscient,
d'une part, de la grandeur de mon péché et,
d'autre part, de la grandeur de l'amour de Dieu
que je pourrai exprimer à Dieu ma reconnaissance et mon action de grâces.
L'intensité de ma gratitude est fonction
de la conscience que j'ai de ma misère et de ma pauvreté
comme de celle que j’ai de la miséricorde divine.
Celui qui ne perçoit pas l'amour infini de Dieu à l'égard
de sa créature indigne n’aura jamais ce sentiment intense de reconnaissance.
Le chrétien est une personne qui a compris qu'il est un
débiteur
insolvable devant Dieu.
cf. la parabole du serviteur impitoyable en
Matthieu 18.21-35
Je souligne là un danger qui a toujours menacé l'Eglise et qui,
par conséquent, menace tout particulièrement les chrétiens engagés,
à savoir l'aveuglement spirituel, le pharisaïsme.
Parce que nous sommes arrivés (parfois après de durs combats)
à acquérir un certain standing «évangélique»,
parce que nous avons atteint un certain degré de connaissance,
de piété, d'engagement...
nous en arrivons à sous-estimer l'état de notre misère!
Parce que nous pensons respecter et observer les grandes lignes
de la morale chrétienne, nous en oublions la réalité profonde
de notre nature.
Nous en arrivons à être satisfaits de nous-mêmes.
Malheureux que nous sommes alors!
Pour nous, l'action de grâces n'est plus que formalisme,
fidélité à une lettre morte...
tradition, vocabulaire pieux.
On peut dire beaucoup de choses, fortes intéressantes
à propos de l’action de grâces,
mais si on n’a pas une conscience nette d’avoir une dette infinie envers Dieu
(d'une dette impossible à annuler, même par une piété,
une doctrine ou une morale exemplaires),
on ne connaîtra jamais ce qu'est vraiment cette action de grâces
qui accompagne constamment
les écrits pauliniens
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