J’ai cherché,
dans le livre de Actes, tous les emplois du verbe “grandir” (auxano).
Je vous fais part de mes découvertes et de ma surprise.
On trouve ce verbe quatre fois.
Une fois dans le discours d’Etienne (en 7:17),
pour signaler que le peuple d’Israël a grandi en Egypte;
ce qui est présenté alors comme l’accomplissement par Dieu de sa promesse.
C’est donc bien Dieu qui a fait grandir son peuple:
“Le temps approchait où devait s’accomplir la promesse
que Dieu avait faite à Abraham, et le peuple grandit et se multiplia.”
Gandir, c’est l’œuvre de Dieu et c’est aussi
sa bénédiction.
Les trois autres emplois ne s’appliquent pas à l’Eglise,
mais tous les trois à la Parole de Dieu
. Et cela est dit comme un refrain qui vient scander le contenu des Actes:
“La Parole de Dieu grandissait” (6:7);
même chose en 12:24, et puis encore en 19:20,
c’est-à-dire chaque fois à des moments clés
de la vie de l’Eglise.
Ce qui intéresse Luc,
c’est secondairement la croissance de l’Eglise,
et prioritairement la croissance de la Parole,
c’est-à-dire sa propagation.
La croissance de l’Eglise est très étroitement liée à la propagation de la Parole;
elle lui est organiquement liée,
elle est la conséquence, le résultat de la croissance de la Parole
ainsi que son support.
Ce qui compte avant tout pour Luc,
c’est la Parole et non l’Eglise.
La mission des apôtres n’est pas de faire grandir l’Eglise,
mais de propager la Parole.
Je crois que cela est essentiel
pour notre réflexion:
peu importe la taille de l’Eglise,
elle grandira nécessairement si la Parole de Dieu s’étend,
se répand, se propage!
La croissance de l’Eglise va de soi si la Parole grandit et se propage.
L’Eglise grandit avec la Parole
qui grandit.
Si cela est bibliquement juste,
je crois que notre véritable projet théologique ne devrait pas être
“Pour une Eglise qui veut grandir”,
mais plutôt
“Pour une Eglise qui veut que grandisse la Parole de Dieu”.
Là est notre véritable préoccupation, notre mission,
notre vocation, l’enjeu de nos synodes, de nos stratégies,
plans et autres programmes
ecclésiaux.
Que l’Eglise veuille grandir ou pas, cela m’est égal.
Ce qui m’intéresse, en revanche,
c’est une Eglise qui grandit parce que la Parole de Dieu grandit,
une Eglise qui est à son service.
C’est, je crois vraiment, ce qui intéresse
le livre des Actes.
Cela dit, je me propose donc maintenant
de vous parler de la Parole qui grandit et, croyez-moi,
ce ne sera pas un hors sujet:
en effet, en parlant de cette Parole qui grandit, de sa croissance,
je ne ferai que parler de la croissance de l’Eglise.
L’Eglise n’a pas à se préoccuper de sa propre croissance;
elle ne devrait même pas mettre cela à l’ordre du jour d’un synode!
Elle doit se soucier de la croissance de la Parole.
Encore une fois, la croissance de l’Eglise, c’est l’affaire de Dieu,
et je préfère de beaucoup que cela soit son affaire plutôt
que celle d’un synode!
Donc, la Parole qui grandit!
Les trois mentions de la Parole qui grandit balisent trois étapes
dans la croissance de l’Eglise:
-
D’abord en 6:7:
“La Parole de Dieu grandissait et le nombre des disciples
augmentait considérablement à Jérusalem.”
On voit ici très clairement
le lien indissoluble entre la croissance de la Parole
et la croissance de l’Eglise, mais avec la primauté de la Parole.
Ce verset concerne l’étape de Jérusalem,
le point de départ de l’évangélisation
et de l’Eglise.
Ensuite en 12:24;
ce verset concerne la propagation de la Parole en Judée,
en Samarie et en Syrie, jusqu’à Damas et Antioche.
Cette nouvelle étape de l’expansion de la Parole et de l’Eglise
est ainsi formulée:
“La Parole de Dieu grandissait et augmentait”
et non pas
“l’Eglise de Dieu grandissait et augmentait”,
même si les deux
sont indissolublement liées.
Enfin, après avoir décrit la propagation de la Parole
et l’expansion de l’Eglise jusqu’en Grèce, avec Athènes et quelques autres villes,
Luc nous dit, en 19:20:
“Par la force du Seigneur (et non pas le savoir-faire et la réussite des apôtres),
la Parole grandissait et se fortifiait”
(et les verbes “grandir” et “se fortifier”
conviendraient pourtant parfaitement
pour l’Eglise!).
Bref, voilà une jeune Eglise qui fait tout,
avec l’aide de Dieu, pour que grandisse la Parole,
sans se préoccuper d’elle-même.
La Parole et l’Eglise grandissent ensemble
! Là, je voudrais faire une remarque
sur notre époque.
Dans les Actes,
ceux qui reçoivent la Parole et qui y adhèrent par leur foi
forment l’Eglise.
Il y a coïncidence, superposition entre
les croyants de la Parole et l’Eglise.
Aujourd’hui, il en va autrement:
ceux qui croient en la Parole ne sont pas tous dans l’Eglise.
La Parole continue de se propager, et parfois indépendamment de l’Eglise.
Et les nouveaux croyants ne rejoignent pas tous l’Eglise.
J’en suis témoin.
Je rencontre des gens habités par la Parole,
animés par elle et qui ne sont pas dans nos assemblées,
dans les structures de l’Eglise.
Certes, ils forment l’Eglise universelle,
mais il y a une interpellation pour nous,
un questionnement sur notre aptitude à grandir en accueillant
ceux qui ont accueilli
la Parole…
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