Une Eglise
qui veut grandir et qui formule ainsi sa volonté
serait-elle une Eglise qui veut prendre en main son avenir,
comme si cet avenir lui appartenait?
“Nous voulons grandir!”
Ecoutons bien ce que nous sommes en train de dire!
Un jour, Jacques et Jean, fils de Zébédée,
se sont permis d’exprimer leur volonté, leur désir, et d’en parler au Christ:
“Seigneur, nous voudrions être parmi les grands,
et siéger à ta droite et à ta gauche…”
Vous ne savez pas ce que vous demandez!
Si vous voulez être grands, soyez donc petits!
Si tu veux grandir, agenouille-toi devant les autres pour leur laver les pieds.
C’est à genoux que l’Eglise
sera grande!
Un jour, les Madianites
se mobilisèrent pour écraser Israël (Jg 6:33).
Devant ce danger, Gédéon rassembla toutes les troupes d’Israël,
toutes ses forces humaines.
Il se trouva alors à la tête de 32 000 hommes,
ce qui n’était pas énorme devant l’ennemi, qui en avait plus de 100 000!
Cf. Jg 8:10
Et nous, devant l’ampleur de nos combats à mener,
il nous faut bien aussi être le plus nombreux possible et rassembler
toutes nos forces!
Vous savez ce que Dieu a dit à propos de ces 32 000 Israélites:
“Vous êtes trop nombreux!” (Jg 7:2)
Et il a commenté son point de vue en disant:
“Si vous êtes victorieux, vous allez en tirer orgueil à mes dépens."
Et il fit un tri sévère pour ne garder que 300 hommes.
Et avec ces 300 hommes, Dieu remporta la victoire.
Ce texte est un excellent remède contre les complexes d’infériorité,
ou même les bouffées d’orgueil,
ou la peur de disparaître.
J’ai relu pour aujourd’hui tout le livre des Actes,
afin de découvrir comment l’Eglise a grandi,
ou encore comment elle a “voulu grandir”! Eh bien! Elle n’a jamais voulu grandir.
Elle a toujours été dépassée par cette question,
parce que cela ne lui appartient pas
de vouloir grandir.
Pourtant, le livre des Actes
décrit minutieusement la croissance étonnante du nombre des disciples,
avec des chiffres à l’appui.
Mais, cette croissance n’est jamais présentée comme le fait de l’Eglise,
comme le résultat de ses décisions synodales, ses stratégies ou plans de croissance.
Ce n’était pas à l’ordre du jour!
La croissance de l’Eglise
n’est pas le fait de l’Eglise, mais le fait de Dieu.
Ce n’est pas le projet de l’Eglise, mais celui de Dieu.
Ce n’est pas une décision synodale, mais une décision de Dieu.
C’est l’affaire de Dieu et de Dieu seul!
Si l’Eglise grandit, c’est Dieu
qui la fait grandir.
Au début de l’Eglise,
le jour de la Pentecôte, il ne nous est pas parlé
de 3000 hommes qui s’ajoutèrent à l’Eglise
(Ac 3:41),
mais
“3000 hommes furent ajoutés”.
Et ajoutés par qui?
Non pas par le talent de Pierre, ou son charisme d’évangéliste, mais par Dieu.
Ce discret verbe passif devient,
en effet, plus précis quelques versets plus loin,
dans les mots qui reflètent bien le message du livre des Actes:
“Dieu ajoutait chaque jour les personnes sauvées
à la communauté.”
Ac 2:4
Je crois que le message du livre des Actes est très clair:
si l’Eglise veut grandir, qu’elle se tourne vers Dieu pour le lui dire!
Qu’elle ne se réunisse donc pas en synodes pour en débattre,
élaborer des stratégies, mettre sur pied des programmes de croissance.
Non! Qu’elle organise plutôt une réunion de prière,
car un tel désir ne peut se dire qu’à Dieu:
“Seigneur, nous voudrions grandir… si c’est bien
ce que tu veux, toi aussi!”
C’est à genoux que l’Eglise sera la plus grande!
Sa véritable grandeur est dans son humble amour.
Si nous rêvons d’une autre grandeur, n’oublions pas l’histoire de Gédéon
et la remarque de Dieu:
“Si vous êtes aussi nombreux que vous le voulez,
vous allez en tirer orgueil
à mes dépens!”
Et de fait, l’histoire de l’Eglise
a maintes fois montré que l’Eglise n’a jamais su bien grandir
et qu’elle a bien souvent été tentée dans sa croissance par quelques démons:
l’orgueil ou le goût du pouvoir.
“Alors, Seigneur, fais-nous grandir…
Mais, humblement,
petitement!”
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