« Et Marie retenait toutes ces paroles... »
Lc 2,19
Dans l’évangile nous
entendons
que Marie
couche Jésus dans une mangeoire...
Ceci n’est pas un simple détail pour embellir le décor
ou pour nous rendre la scène plus concrète et attendrissante...
La triple répétition de ce détail qu’est la mangeoire
(Lc 2,7.12.16)
nous amène sur une piste beaucoup plus profonde et féconde :
celui qui naît prend la place
de la nourriture.
Qu’est-ce que cela nous dit de Jésus?
Que dans sa simplicité désarmante,
il est présence nourrissante au plus près de nos réalités,
dans le creux de nos mangeoires.
Il est pain vivant offert à notre faim du Vivant.
Non seulement se fait-il l’un de nous, au plus bas de l’échelle humaine,
mais nous invite-t-il aussi à une intimité rare :
celle qu’il nous est donnée de vivre dans les moments de grande fragilité,
les moments où nous risquons d’abaisser toute résistance,
Christ nous ouvre un espace de communion et d’intimité inégalée.
Il ne s’impose pas, il est là... tout simplement... Et nous?
On peut bien se rappeler et célébrer...
Si nous ne mangeons pas, si nous n’ouvrons la bouche
et ne laissons entrer en nous-mêmes le Vivant qui se donne
nous resterons sur notre faim
Franchir un seuil...
Franchir un seuil et faire entrer en soi-même le Verbe fait chair,
manger la Parole telle qu’elle s’incarne...
De même qu’à sa naissance Marie a déposé Jésus
dans une mangeoire, ainsi à son dernier repas,
Jésus se donne à manger aux siens, dans un moment de grande intimité :
« Ceci est mon corps qui est donné pour vous... »
Lc 22,19
Un autre détail commun aux deux textes vient appuyer leur lien :
pendant les préparatifs de la dernière cène,
Luc prend soin de situer ce moment intensément désiré par Jésus
dans un lieu qu’il nomme par un mot identique
à celui qu’il a utilisé dans le récit
de la naissance.
Ce mot - salle-d’hôtes, en grec : kataluma -
n’est employé nulle part ailleurs dans l’évangile de Luc
(Lc 2,7 et 22,11 uniquement).
Un pont est donc jeté, nous invitant à nous nourrir de
Celui qui est Parole avant même
de pouvoir parler.
En mentionnant comment
Marie recueille en elle la parole des bergers,
Luc nous invite à la même
attitude réceptive.
on mange la parole et on la repasse dans son coeur-mémoire..
L’évangile dit de Marie qu’elle
« retenait (ou : gardait-avec-soin) toutes ces paroles
en les repassant
(ou : en les rencontrant-sans-cesse) dans son coeur »
Lc 2,19
Une note de la TOB explique que dans l’Ancien Testament,
une formulation semblable indique que le dépositaire
de la révélation garde celle-ci
pour l’avenir.
Cet acte intérieur de ‘conservation et de remémoration’du message
reste ouvert au sens à découvrir par la vie,
par l’à-venir.
Marie pratiquait donc ce qu’il est coutume de faire
dans un milieu de tradition orale :
recueillir avec soin, repasser, murmurer et méditer
la Parole
Une parole qu’on s’incorpore
comme on mange le pain qui donne la force d’avancer.
Rien d’instantané, pas du fast-food, plutôt du slow-food.
Vais-je laisser la Parole entrer,
bouchée de souffle par bouchée de souffle?
La porter, la bercer, la fredonner, la prendre précieusement avec moi?
Cette Parole qui finit toujours
par nous porter
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