« Rouah ».
Esprit. Vent. Souffle. Respiration. Haleine.
Un mot qui évoque la vie et le mouvement,
la force et l'énergie.
Qui respire et qui inspire.
Un mot magnifique pour parler de Dieu.
De sa puissance.
De sa présence.
De son action.
Les auteurs bibliques ne s'en privent pas:
de la création où
« un vent/souffle/esprit de Dieu plane sur les eaux »
jusqu'à la Pentecôte, en passant par la mort de Jésus,qui remet et donne
le souffle/Esprit, et à sa Résurrection,
qui est renaissance et vie
dans et par l'Esprit.
Il y a plus encore.
Mais il faut revenir au texte dans sa langue originale
pour en sentir
toutes les répercussions.
Rouah est un mot féminin.
Quand Ézéchiel s'adresse à l'Esprit,
il lui parle comme on s'adresse, en hébreu,
à une femme.
C'est donc dire que si nous avions continué à parler
la langue des prophètes et celle de Jésus,
nous aurions toujours parlé de l'Esprit au féminin.
Cela aurait sûrement teinté notre foi, notre théologie,
notre piété, nos images.
Cela aurait ouvert une brèche dans nos façons
souvent toutes masculines de parler
de Dieu.

De fait, pour parler de l'Esprit,
il faut toujours avoir recours à des images.
Outre celles du vent et du souffle, il y a aussi celle de l'onction.
Aux temps bibliques, oindre d'huile était un geste rituel
signifiant le don de la force de l'Esprit
en vue d'une mission:
celles des chefs, en particulier; celle du roi, surtout,
que l'on a désignera alors comme oint,
messie ou christ de Dieu.
Quand Jésus se présente à la synagogue de Nazareth (Luc 4),
il s'applique à lui-même ce passage du livre d'Isaïe:
« L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction,
pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. »
C'est parce qu'il est oint de la Rouah de Dieu
que Jésus peut-être appelé le Christ.
Mais la Rouah, qui « souffle où elle veut »,
agit aussi sur les disciples, sur nous.
Notre regard est, en quelque sorte, oint à son tour.
C'est pour ainsi dire en regardant à travers
la Rouah que nous devenons capables de vraiment voir Jésus
et de le reconnaître comme Christ, Seigneur et Fils.
« Montre-nous le Père »,
avait demandé Philippe à Jésus.
« Qui m'a vu a vu le Père »,
répond Jésus.
Et c'est grâce à la Rouah.
C'est elle, l'Onction qui ouvre nos yeux à la reconnaissance
et à la contemplation du Verbe venu habiter parmi nous.
C'est elle, le Souffle qui redonne vie aux ossements desséchés
et relève le Peuple de Dieu.
C'est elle, enfin, le Vent des origines qui nous emporte
en Dieu et nous introduitdans la
communion trinitaire.
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