Des archéologues
découvrent une petite forteresse judéenne.
Parmi les débris, on recueille des fragments de céramique (ostraca)
utiliséscomme matériau d'écriture.
On réunit six de ces fragments et on se trouve devant la protestation pathétique
d'un pauvre moissonneur!
La plainte
On a d'abord cru qu'il s'agissait d'une lettre, mais la première ligne est explicite.
L'auteur se plaint du traitement injuste dont il est victime.
Ce moisonneur s'adresse au gouverneur de la forteresse.
Il déclare avoir accompli son travail
comme convenu.
Pourquoi donc un certain Hoshayahu lui a-t-il confisqué son manteau,
juste avant le sabbat?
À plusieurs jours de l'incident, son manteau ne lui a pas été remis.
Ses « frères », c'est-à-dire ses compagnons de travail, sont les témoins aussi bien
de l'injustice commise contre lui que de la rétention du vêtement.
Le gouverneur peut donc faire enquête et exiger
que réparation soit faite.
L'intérêt du texte
Cette brève plainte, d'une grande précision dans sa démarche et son objet, est révélatrice.
Tout d'abord, elle nous renseigne sur la rédaction de ce genre de textes
. L'écriture est régulière et bien formée; la syntaxe, tout à fait correcte.
Difficile de croire qu'il s'agit de l'oeuvre d'un pauvre paysan.
De plus, on passe de la troisième personne, celle du récit,
à la première quand on cite le plaignant.
Ces indices nous révèlent donc le service d'un scribe que l'on engage
pour rédiger la plainte sous la dictée du plaignant.
On pensait qu'une telle institution existait dans l'Israël ancien,
nous en aurions donc maintenant la preuve.
De toute évidence, un pauvre ou un simple paysan se plaint d'avoir été lésé:
on lui a confisqué son manteau pendant plusieurs jours.
La raison demeure obscure, mais deux explications sont possibles.
Tout d'abord, il s'agirait d'un paysan qui a omis de payer en taxe, au grenier royal,
une partie de sa moisson.
Une deuxième hypothèse paraît refléter davantage l'ensemble du texte.
Ce paysan doit, avec d'autres compagnons (« ses frères »), moissonner les terres royales,
sous la surveillance d'un fonctionnaire.
Chaque ouvrier s'entend avec lui sur la somme de travail à accomplir et sur le temps
requis pour l'effectuer.
On pense alors à la parabole des ouvriers envoyés à la vigne (Mt 20).
Or notre plaignant déclare avoir respecté en tout point son contrat,
et voilà qu'on retient son manteau en gage jusqu'à ce qu'il satisfasse
aux exigences de son maître!
C'est injuste!
Et voilà plusieurs jours que dure cette peine, ce qui constitue une deuxième injustice,
car, sur ce point, le droit est bien précis.
Si on a pris en gage le vêtement ou le manteau de quelqu'un de condition humble,
il faut le lui rendre avant la nuit, car c'est tout
ce qu'il a pour se couvrir
Ex 22,25-26
Deutéronome 24,12-13 ajoute qu'il faut payer avant la nuit le salaire d'un pauvre
. Amos 2,8 fait allusion à ce même droit.
N'est-ce pas émouvant de capter « en direct » la voix d'un tel pauvre,
que le Seigneur déclare
aussi entendre
Ex 22,26
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