Dans la Bible,
l'intervention salutaire de Dieu, le ‘salut’,
renvoie souvent à l'idée d'une délivrance individuelle
ou collective vis-à-vis de périls guerriers.
Ps 18 : Louange! Je crie vers IHVH–Adonaï et suis sauvé de mes ennemis!
Ex 14 : 13 Moshè dit au peuple:
«Ne frémissez pas! Postez–vous là, voyez le salut que IHVH–Adonaï
fera pour vous aujourd’hui.
Oui, ce que vous avez vu de Misraîm aujourd’hui,
vous n’ajouterez plus à le voir,
en pérennité
C'est que le mot hébreu pour ‘salut‘ vient du langage militaire :
il s'agit d'être dégagé de la menace pressante d'un ennemi.
Dans une telle situation, où tout semble perdu,
le salut ne peut venir que
de l'extérieur.
—Par extension, cette notion de salut s'étend à la délivrance d'autres périls et dangers : l'oppression, la famine, la maladie,
voire le mal de vivre
Ps 88 ; 1 ,,,,, IHVH–Adonaï, Elohîms de mon salut! Le jour, ma clameur; la nuit, devant toi,
2 ma prière vient en face de toi. Tends ton oreille à ma complainte.
Dans le Nouveau Testament,
cette fonction de “Sauveur” se concentre sur Jésus
mais la notion de salut est plus intériorisée voire spiritualisée
comme pardon ou délivrance du péché,
encore que le verbe grec pour ‘sauver’
renvoie aussi à l'idée de guérison,
signalant ainsi que toute la personne est concernée par ce salut.
On notera que, hormis dans la lettre aux Romains (5,9)
et la 1ère aux Thessaloniciens (5,9),
le vocabulaire du salut n’est pas mis en relation avec la colère de Dieu
ou le jugement dernier.
Sauvé de la peur ...
——“N'aie pas peur, car je t'ai racheté.
——Je t'appelle par ton nom, tu es à moi !”
————————————————————(Esaïe 43,1b)
—Dans cette parole, j'entends qu'un droit de vivre m'est donné sans avoir peur d'éventuels créanciers, sans avoir à me soucier de quelque culpabilité à
porter.
Une identité m'est donnée en dépit de ce que je suis,
sans que j'aie à craindre le regard des autres ou l'insignifiance.
—Sauvé de quoi ?
——De la peur de ne pas être aimé, de ne pas exister !
Sauvé de l'aliénation ...
——“C'est pour la liberté que le Christ nous a libérés.
——Tenez donc ferme
——et ne vous remettez pas sous le joug de l'esclavage.”
————————————————————(Galates 5,1)
—Dans le prolongement de l'Exode, Paul lit la mort et la résurrection du Christ
comme le lieu d'une libération, une libération des logiques aliénantes du monde.
Une libération redoublée, une liberté qui ne s'abîme pas en esclavage
d'elle-même, mais qui apprend chaque jour
à devenir plus libre.
—Sauvé de quoi ?
——De la quête sans fin d'une liberté déjà donnée.
Sauvé de soi-même ...
——“Quiconque voudra sauver sa vie la perdra,
——mais quiconque perdra sa vie à cause de
moi
——et de la bonne nouvelle la sauvera.”
————————————————————(Marc 8,35)
—Une libération jamais complète que celle du souci de soi, mais une libération
qui ne cesse de nous déployer, de nous réorienter
vers l'extérieur,
vers le large.
—Sauvé de quoi ? Sauvé de moi-même
——pour m'ouvrir aux autres, au monde, à la vie.
—Une expression pourrait résumer tout cela : “être élargi”, “mis au large” ...
Etre mis au large de la peur et pouvoir vivre dans la confiance,
être mis au large de l'esclavage et pouvoir vivre dans la liberté,
être mis au large de moi-même pour pouvoir
m'ouvrir aux autres,
à l'Autre ...
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