Ce que le
démuni nous donne :
le faible comme bouc
émissaire
Un autre niveau
de lecture émerge, plus perceptible,
sans doute, aux yeux du sociologue ou de l'ethnologue
qui a entendu, ou lu, maints comptes-rendus
d'événements convergeant
vers des boucs émissaires
. Des individus ou des groupes,
dans des situations sociales tendues,
concentrent sur leur tête les griefs de la société
toute entière. Là où la société entière
est en faute, elle fait payer
une fraction limitée,
et bien identifiée,
qui paie pour les autres
, et leur évite ainsi, de subir les conséquences
de leurs fautes. Pour prendre un exemple actuel
citons la nette remontée des sentiments
racistes et xénophobes
à partir du début de la crise économique,
en 1975. Se trouver un coupable
atténue la souffrance.
On retrouve,
dans notre texte,
ces éléments à travers l'usage
du vocabulaire du sacrifice. La victime sacrifielle paie,
en effet, à notre place. Mais il s'agit,
ici, d'une victime humaine,
qui souffre en nos lieux et place.
Une fois encore, ne nous précipitons pas d'accoler
le visage du Christ sur cette victime.
Gardons à ce texte sa force et ses arrêtes vives
avant de voir comment le Christ
l'a pleinement vécu.
Les psychiatres
racontent des histoires d'enfants qui,
dans une famille, se sacrifient afin que les autres membres
surmontent leurs problèmes, d'enfants qui essaient
de guérir leurs parents et se
rendent, ainsi, malades.
D'expérience je sais,
aussi, tout ce qu'un handicapé
apporte dans une famille. Il coûte beaucoup,
mais il donne également beaucoup.
Il permet, par sa faiblesse,
aux autres d'être forts
. Dire la vérité sur le bouc émissaire
c'est avouer qu'il souffre par notre faute.
"Il était transpercé par nos crimes, écrasé par nos péchés" (v.5)
. Lisons bien : avant de mourir pour nos péchés
il a été mis à mort par nos péchés.
Quant au pour
il faut l'entendre d'abord comme une injustice
: "Mon peuple
a commis un crime
et la blessure est
pour lui"
(v.8).
Le bouc émissaire
souffre à la place des autres.
Au lieu que chacun paie pour
ses manquements,
les uns oppriment et les autres souffrent :
description ô combien fidèle
de la crise !
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