Depuis ma visite à l'Ermitage,
je m'arrêtais davantage aux quatre personnages, deux femmes et deux hommes,
qui se tiennent autour de l'espace lumineux où le père accueille
son Fils errant.

A leur façon de regarder la scène,
on se demande ce qu'ils pensent, ce qu'ils ressentent.
La présence de ces observateurs suggère toutes sortes d'interprétations.
En réfléchissant à mon propre cheminement, je prenais conscience
d'avoir longtemps joué moi-même
un rôle de spectateur.
Pendant des années j'avais enseigné les différents aspects de la vie spirituelle,
en essayant de convaincre mes étudiants
qu'il importe de les vivre.
Mais est-ce que j'avais pris le risque de sortir moi- même de l'ombre, de m'agenouiller dans la lumière pour me laisser embrasser
par un Dieu qui pardonne?
Les deux femmes, debout plus ou moins loin derrière le père;
l'homme assis, le regard fixe, sans regarder personne ;
et l'autre, debout, qui jette un oeil critique sur la scène;
autant de façons de ne pas s'impliquer.
....
Il me faut m'agenouiller devant le Père, poser mon oreille contre sa poitrine et écouter,
sans interruption, les battements du cour de Dieu.
Alors, et alors seulement, je pourrai répéter ce que j'aurai entendu,
fidèlement et tout doucement.
Je sais maintenant que je dois partir de l'éternité pour parler du temps,
éclairer de la joie qui demeure les réalités passagères de notre courte existence en ce monde aller de la maison de l'amour aux maisons de la peur,
et de la demeure de Dieu aux demeures des êtres humains.
Je suis bien conscient de l'énormité de cette vocation.
Néanmoins, je reste persuadé que cette voie est la seule qui me convienne.
On pourrait parler de vision «prophétique» : regarder les personnes et le monde
avec les yeux de Dieu.
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