Notre
Dieu, c'est
entendu, il ne faut
pas confondre le vent de
Pentecôte avec les effets du vin doux
(Actes 2,13). C'est entendu, la sobriété vaut
mieux que l'ivresse et tu n'as jamais souhaité
que nous confondions la drogue avec la foi.Mais
il pourtant bon de vivre parfois en légère
ivresse, de perdre son quant-à-soi et
sa timidité, d'oublier sa trop rigide
identité, de voguer de
tendresse en
allégresse.
Il est
bon
de
confondre
le jour avec la
nuit, de recevoir un
coup de lune en plein soleil,
de se baigner à minuit comme à midi.
Il est bon de dire des bêtises sensées et
d'inventer des étourderies. Il est bon de danser
au rythme du corps et du cœur. Oui, il est bon
d'être un peu ivre, comme ton apôtre
Saint Paul l'était aux yeux
sourcilleux des
paroissiens
de
Corinthe :
" Ah ! si vous pouviez
supporter de moi un peu de folie,
eh bien oui ! supportez-moi ! " (2Co 11,1).
Car, notre Dieu, tout est bon dont nous
pouvons nous réjouir en
remerciant. Tout est
bon qui fait briller
les yeux,
plisser
les joues, agiter
les mèches. Tout est bon
qui donne à ta création son allure
de fête et qui de ta création nous institue
convives. Tout est bon, quand je perds la tête
car j'ai trouvé ma joie.Nous te demandons
l'ivresse légère, qui nous transporte
en ballon jusqu'au ciel de tes
annonciations et de tes
bénédictions.
Nous
te
demandons
de pouvoir en garder
le délice du souvenir, quand
nous sommes revenus au réveil du
petit matin dégrisés. Nous te demandons
cette légère ivresse pour tous ceux qui nous
entourent, dans notre famille et chez nos amis,
dans notre travail et chez nos voisins, dans
notre paroisse et chez nos " coreligionnaires ",
dans notre monde et parmi les nations,
afin que l'on sente, quand même,
que tu nous donnes le pain,
mais aussi le vin,
la tâche mais
aussi
la
joie, la
foi mais aussi
l'ivresse.Car c'est par
l'ivresse de ta folie que tu as
créé, que tu as sauvé et
que tu accompliras le
monde. Amen.
A Dumas
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