Etudier
ce qu'on ne
sait pas : quelle
drôle d'idée. C'est en
réalisant qu'on s'intéresse
beaucoup plus à la production
des connaissances qu'à la
manière dont la société fabrique
et propage l'ignorance que Robert
Proctor (université Stanford) a
forgé, en 1992, ce mot
saisissant : "Agnotologie."
Robert Proctor réalise,
fasciné, la capacité
du secteur du
tabac
à
désinformer
l’opinion. À cette
époque, à la suite de
procédures judiciaires, la
justice américaine oblige les
industriels du tabac à publier leurs
archives. R. Proctor plonge dans ces
millions de pages. Il découvre comment
cette industrie a réussi à faire oublier le lien
entre cigarettes et cancer, pourtant mis en
évidence depuis les années 1940. La
stratégie consiste non à nier les
résultats des travaux
scientifiques,
mais à les
noyer
sous
un flot d’autres
recherches. Ainsi,
l’industrie du tabac finance
de très sérieuses études sur les
origines génétiques des cancers, ce qui
permet de minimiser le rôle du tabac. Une
autre piste consiste à multiplier les recherches
sur le cancer et le tabac, pour remettre en
permanence en cause les résultats préexistants.
Comme le résume en 1969 une note interne
d'un fabricant de tabac « notre produit
c’est le doute, car c’est le meilleur
moyen de rivaliser avec la
somme de faits et
d’informations
qui occupent
l’esprit du
public
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