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2010-06-26T07:59:00+02:00

Eve (1 )

Publié par sulamite -

 

 

 

 

 

Dans la tradition

chrétienne, peu de figures bibliques

vétérotestamentaires ont frappé l’imaginaire

autant que celle d’Ève.

Étymologiquement,

son nom signifie « vie » en hébreu.

Comment expliquer

que ce nom ait pu devenir synonyme

de malheur et de mort?


Malgré son

apparente familiarité

, Ève s’avère fort méconnue.

La tradition chrétienne a caricaturé

grandement la « première » femme en lui attribuant

exagérément la responsabilité des malheurs

de l’humanité, à l’instar de

Pandore dans la culture

hellénistique.



Une lecture

culturellement

Populaire



     Le récit populaire,

totalement tributaire de la doctrine

chute/rédemption se structure autour de trois

grands moments qui ne se fondent que

vaguement sur la Bible.

Dans le premier volet,

Dieu crée « Adam » puis découvrant

que ce dernier se morfond dans la solitude

il le fait sombrer dans une torpeur, retire une côte

et façonne « Ève ». Dans le second temps,

les deux personnes jouissent

de la félicité éternelle

dans le « paradis terrestre »

. Or, « Ève », à la suite d’une ruse

du serpent, consomme le fruit défendu,

en partage à « Adam ». Le couple se découvre « nu »

et comprend qu’il vient de commettre le péché

de désobéissance. Conséquemment,

Dieu les punit en les

chassant du

« paradis terrestre »,

en leur promettant toutefois

qu’un futur sauveur pourra restaurer

l’état primordial en portant le poids d’une

faute infinie, d’une « dette » incalculable envers Dieu

et en la « remboursant » par son sacrifice

expiatoire. Cela clôt le récit

dans un troisième

moment.

 

 

 

 

Quelques

éléments bibliques



     Une telle interprétation

rend-elle justice au récit biblique

du second texte de création

Gn 2,4b-3,24

Lorsque

le passage biblique

est examiné de manière plus détaillée,

il apparaît que plusieurs éléments de la lecture

traditionnelle et populaire constituent de véritables

développements postérieurs étrangers au récit.

la notion de « paradis perdu »

n’apparaît pas aussi explicitement

que le laisserait présager

le mot « Éden »

(signifiant « délices »).





  Cette lecture du texte

selon la grille chute/rédemption

s’appuie sur l’idée erronée que le récit

traite de deux personnes au sens contemporain

du terme, c’est-à-dire le «  premier homme,

Adam » et « la première femme, Ève ».

Or, dans le texte deGn 2 : 4 à 22

l’expression est ’adam « le rouge «  qui

évoque l’humanité dans

son ensemble



. Par la suite

ce « fond » commun de l’humanité

est divisé en mâle (ish) et femelle (ishah)

. Il n’y a donc pas d’identité personnelle,

mais simplement une dimension mâle et femelle

. Conséquemment, cette partie

indifférenciée a entretenu

un dialogue avec

le serpent.



Au sens strict

il ne s’agit pas d’Ève.

L’usage de noms propres

comme celui d’Adam n’est réellement certifié

qu’après la manducation du fruit

Gn 5 : 3 pour Adam et

Gn 3 : 20pour Ève.

D’ailleurs,

il importe de souligner

que le texte insiste sur la solidarité foncière

de l'être humain, entre homme et femme.

En effet, les yeux

des deux êtres, mâle et femelle,

s’ouvrirent en même temps après avoir chacun

consommé le fruit défendu.

Cela ne s’est donc

pas fait de manière séquentielle,

comme il est généralement admis dans la compréhension

traditionnelle du texte.



     Conséquemment,

affirmer qu’Ève est responsable

des malheurs de l’humanité ne rend pas justice

au texte, mais représente une interprétation

bien postérieure qui reflète la vision

patriarcale des interprètes

(l’homme exerce un contrôle sur la femme)

que d’une compréhension androcentrique qui justifie

et normalise la prédominance du

caractère masculin.

Cela conduit

à enfermer les femmes dans

la « faute » selon le schéma chute/rédemption

et à légitimer le sexisme quotidien perçu

comme une « juste punition »!

La théologienne

Lytta Basset le résume bien :

En effet, le non-respect de la femme
dans le texte suffit à attester que le mal est là dès les origines,
indépendamment du drame du jardin.
Si la punition de la femme en 3,16
« et lui en toi dominera »
semble avoir un effet rétroactif sur le texte lui-même
,n’est-ce pas que l’auteur est incapable de parler
d’un monde où il est en soit autrement?
Nous avons défini le mal
comme ce qui fait mal.
Comment
une femme d’aujourd’hui,
expérimentant quotidiennement
un non-respect qui lui fait mal jusqu’au plus intime
de son être-créé, pourrait-elle voir en Gn 2-3
autre chose que ce à quoi
elle est bien habituée?
Ce jardin-là
n’a rien de plus paradisiaque que sa vie
de tous les jours.

 

 

°°°°

 

 


 

 

 


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